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Pourquoi changeons nous de phase ? Stades de développement et changement de phase

Pascal Legrand, Master Trainer Process Com Nous venons de voir dans l’article sur LES PROBLEMATIQUES, comment une personne change de Phase et comment identifier qu’un client traverse ce processus. Pour comprendre pourquoi un changement de Phase peut se produire, revoyons les problématiques de Phase en corrélation avec le développement de la personnalité.

Erick ERICKSON, psychanalyste américain (1902-1994) s’est intéressé aux mécanismes de la formation identitaire et a émis des hypothèses sure LES STADES DE DEVELOPPEMENT.

Erick ERICKSON a montré qu’à chaque stade de développement psychosocial survient une « crise » qui doit se résoudre par l’atteinte d’un équilibre entre les forces qui s’opposent, faute de quoi le développement du Moi risque d’être compromis. ERICKSON donne au mot crise le sens de tournant majeur.

Selon Taibi Kahler :

  • L’Autonomie (problématique Rêveur) et le Lien affectif (problématique Promoteur) sont reliés au stade du nourisson (0 à 9 mois)
  • La Peur (problématique Persévérant) et la Perte (Problématique Travaillomane) sont reliés au stade de la toute petite enfance (18 à 36 mois)
  • La Responsabilité (Problématique Rebelle) et la Colère (problématique Empathique) sont reliés à la période préscolaire (36 à 60 mois)

Tableau récapitulatif

Tableau récapitulatif

Le processus est le suivant : si la crise est résolue dans le stade de développement correspondant, la personne aura plus de facilité à résoudre la problématique lorsque celle-ci se présentera à l’âge adulte. Concrètement, quand les parents et/ou des personnes significatives de l’environnement offrent à l’enfant un modèle sain et positif de comment gérer la problématique spécifique à son stade de développement, en montrant ou en exprimant ce qu’est une émotion saine et authentique liée à la situation, alors cette problématique sera résolue. L’enfant sera ainsi préparé pour faire face, dans sa vie d’adulte, à la problématique en question. Par exemple, si un enfant de type Empathique reçoit, de son père, un modèle d’expression de la colère authentique, c’est-à-dire celle qui n’est retournée ni contre soi (comme la colère internalisée) ni contre l’autre (comme la colère attaquante ou blâmante), alors, plus tard, dans sa vie d’adulte, cette personne saura gérer la problématique de la colère et ne sera donc pas « candidate » à un changement de Phase.

A contrario, si une crise n’est pas résolue, si l’enfant n’intègre pas le modèle pour gérer ultérieurement la problématique correspondant au stade actuel de développement, alors, très probablement, devenu adulte, s’il est confronté à cette problématique, il ne sera pas « équipé » pour la gérer, et traversera donc une période durant laquelle il montrera fréquemment un masque de second degré et en conséquence changera de Phase.

Pour Taibi Kahler, cela explique la raison pour laquelle une personne « se déplace » à l’étage suivant de son immeuble, après avoir résolu sa problématique, consécutivement à une période de stress intense, accompagné d’un masque du 2ème degré et d’une émotion de substitution.

Le changement de Phase dépend de la réussite ou de l’échec des « tournants majeurs » à accomplir par l’enfant à chaque étape de son développement.

La conviction de Taibi Kahler

« Je crois qu’à chaque étape de son développement, un enfant est confronté à la possibilité de gérer et d’intégrer la Problématique associée à cette étape, et de la faire avec le type de personnalité équipé pour cela. Si cet enfant est empêché de gérer cette Problématique de manière authentique et saine, il échouera à intégrer la Problématique et échouera dans cette étape de son développement. Ceci met en place un potentiel de changement de Phase plus tard dans sa vie, lorsque, adulte, il sera dans une Phase de personnalité qui correspond à une Problématique non intégrée et insuffisamment complétée dans ses étapes de développement. »

L’étape de la Dépendance

  • De 0 à 9 mois
  • Concerne la Phase Rêveur
  • Problématique : l’Autonomie
  • Sentiment à intégrer : la puissance
  • Question existentielle : « Suis-je voulu »

Succès dans l’étape de la dépendance

  • Conscience des comportements auto décidés
  • Fiabilité de la présence des personnes qui prennent soin du nourrisson (protection, attention)
  • Satisfaction des besoins émotionnels et physiques
  • Expérience avec son environnement et résultats de cette expérience
  • Une cause = un effet
  • Premières décisions et intégration du sentiment de puissance
  • Plus tard dans la vie, capacité à prendre des décisions importantes pour sa vie

Echec dans l’étape de la dépendance

  • Manque de fiabilité de la présence des personnes qui prennent soin du nourrisson (négligence ou croyance du type « ne va pas chercher un enfant qui pleure, tu vas le rendre capricieux »
  • Non prise en considération des besoins basiques du nourrisson (ne pas le nourrir avec régularité, ne pas changer ses couches assez souvent, ne pas le tenir dans ses bras…)
  • Dépression post-partum
  • Trop d’enfants pour s’occuper suffisamment du dernier
  • Maman trop jeune pour s’occuper du nourrisson
  • Plus tard dans la vie, problématique de l’autonomie au moment de prendre une décision importante

L’étape du contact

  • De 9 mois à 18 mois
  • Concerne la Phase Promoteur
  • Problématique : le lien affectif
  • Sentiment à intégrer : l’intimité
  • Question existentielle « Suis-je vivant »

Succès dans l’étape du contact

  • Formation du lien entre la mère et le nourrisson avec des contacts physiques, émotionnels fréquents et forts
  • Intégration du sentiment de l’intimité à travers ce lien fort
  • Plus tard dans la vie, ouverture à l’intimité et à la proximité

Echec dans l’étape du contact

  • Abandon émotionnel et physique
  • Les difficultés décrites pour l’étape de la dépendance peuvent ajouter à l’échec de l’étape du contact
  • Plus tard dans la vie, problématique du lien au moment de l’opportunité de créer de l’intimité avec quelqu’un

L’étape de la confiance

  • De 18 à 36 mois
  • Concerne la Phase Persévérant
  • Problématique : la peur
  • Sentiment à intégrer : la peur
  • Question existentielle : « Suis-je digne de confiance »

Succès dans l’étape de la confiance

  • Prise de conscience et compréhension qu’il existe des dangers et des souffrances potentielles autour de nous
  • Apport des parents qui anticipent et s’occupent des besoins de sécurité de l’enfant qui explore (explications et protections face à toutes les terreurs des enfants)
  • Expériences avec son environnement et sa peur de l’inconnu
  • Intégration de la peur et de ses effets (exemple avec le jeu « Bouh ! Je t’ai fait peur ! »)
  • Pédagogie face aux situations effrayantes plutôt que « Allez ! Fais pas ton peureux ! »
  • Plus tard, capacité à être conscient de sa peur et à l’exprimer

Echec dans l’étape de la confiance

Comportements parentaux sur-protecteurs :

  • Ne pas autoriser l’enfant à faire des activités (ne cours pas, ne fais pas de vélo, ne grimpe pas…)
  • Le résultat est que l’enfant s’accroche à ses parents et à ses peurs
  • Laisser les lumières allumées pour pas que les « petites bêtes te mangent »
  • Rester avec l’enfant jusqu’à ce qu’il s’endorme « comme ça, tu n’auras pas peur »
  • Mettre en garde out prévoir des conséquences fâcheuses comme « tu vas te faire mal, fais attention, tu risque de tomber, etc.. »

Comportements parentaux sous-protecteurs :

  • Ignorer un enfant qui prend vraiment un risque, juste pour qu’il comprenne une bonne fois pour toutes
  • Faire des menaces verbales contre productives comme « tu ferais mieux de…, tu sais ce qui se passe pour les petits garçons méchants… »
  • Jouer à des jeux comme lancer l’enfant en l’air et le rattraper n’amuse pas les petits Persévérants de Base et pourrait renforcer leur peur négative

Plus tard, déni de la peur au moment de la rencontre avec la problématique en phase Persévérant.

L’étape des solutions

  • De 24 à 36 mois
  • Concerne la Phase Travaillomane
  • Problématique : la perte
  • Sentiment à intégrer : la tristesse
  • Question existentielle « Suis-je préparé ? »

Succès dans l’étape des solutions

  • La non réussite dans certaines activités, accompagné du sentiment de perte, en équilibre avec tous les succès de l’enfant dans ces faits et gestes
  • Les succès augmentent la confiance en soi et aide à mieux gérer les échecs et le sentiment de perte
  • Expérience de la séparation (l’école, la nounou, la baby-sitter, etc.)
  • Autorisation d’échouer, de ressentir du chagrin, de la tristesse et de pleurer
  • Aider à franchir les obstacles et féliciter
  • Plus tard, capacité à ressentir le chagrin lorsque la problématique se présente

Echec dans l’étape des solutions

  • L’enfant n’a pas eu suffisamment l’occasion de vivre des échecs et de se confronter à sa tristesse
  • L’enfant reste frustré de ses échecs
  • L’enfant n’est pas autorisé à montrer son chagrin
  • Une éducation trop sauveteuse (en faire trop pour l’enfant, éviter à tout prix qu’il soit triste…)
  • Une éducation trop prohibitive avec beaucoup d’interdits accompagné d’un mépris de la tristesse de l’enfant (liée à tous ces interdits)
  • En résulte un non bouclage du cycle du chagrin
  • Plus tard dans la vie, difficulté à gérer la perte et à reconnaître sa tristesse

L’étape de l’indépendance

  • De 36 à 48 mois
  • Concerne la Phase Rebelle
  • Problématique : la responsabilité
  • Sentiment à intégrer : l’excuse (Se sentir désolé)
  • Question existentielle : « Suis-je acceptable »

Succès dans l’étape de l’indépendance

  • Acceptation du sentiment de se sentir responsable de ses émotions et de ses actes
  • Compréhension des effets et des causes lors des interactions sociales
  • Intégration du concept de culpabilité saine et d’implication dans des actes négatifs
  • Offrir des occasions d’exprimer des excuses authentiques et de vérifier l’acceptation inconditionnelle en retour
  • Occasions qui permettent d’accepter d’être responsable de son bien-être
  • Plus tard dans la vie, capacité à prendre sa part de responsabilité dans les situations importantes et à s’occuper de soi

Echec dans l’étape de l’indépendance

Education renforçant le mythe « faire se sentir mal » de l’enfant

  • Empêcher l’enfant d’expérimenter des tâches appropriées à son âge
  • Répondre à sa place ou gérer à sa place des choses qu’il aurait pu gérer seul
  • Menacer l’enfant surtout quand il est en second degré de stress, frustré et dans le blâme
  • Ne pas maîtriser ses propres émotions de parents et ainsi faire penser à l’enfant qu’il peut faire se sentir mal ses parents
  • Plus tard, difficulté à affronter la problématique de la responsabilité et à accepter sa part tout en gardant l’estime de soi

L’étape de développement des relations

  • De 48 à 60 mois
  • Concerne la Phase Empathique
  • Problématique : la colère
  • Sentiment à intégrer : être en colère
  • Question existentielle « Suis-je aimable ? »

Succès dans l’étape de développement des relations

  • Expression authentique d’un malaise extrême face au comportement de l’autre
  • Éducation parentale modélisant et acceptant la colère comme élément essentiel de l’intimité
  • Pédagogie en 3 temps : prise de conscience, expression et action (selon Fanita English)
  • Aider l’enfant à faire le lien entre l’émotion et la sensation physique « Ouh là, tu es très en colère ! »
  • Favorise l’expression de la colère et fait vérifier l’amour inconditionnel avec un câlin
  • Plus tard, capacité à exprimer la colère et à gérer la problématique

Echec dans l’étape de développement des relations

  • Faire des reproches ou punir l’enfant lorsqu’il se met en colère
  • Le culpabiliser en lui disant qu’il « est méchant » et qu’il pourrait quand même « arrêter de faire la peine à sa maman »
  • En résulte une décision précoce du genre « si ça fait mal aux autres, je préfère ne rien dire et mettre sur mon visage un beau sourire joyeux »
  • Plus tard la personne pleure ou rit lorsqu’elle est confrontée à la problématique

Conclusion

« Il apparaît au fil des observations et des histoires personnelles que l’échec à compléter une étape de développement induit qu’elle sera revisitée et à nouveau mise au banc d’essai si une personne, plus tard dans sa vie, traverse une phase corrélée »
Taibi KAHLER

« …à vous, tous les parents du monde ! Si votre enfant grandit et qu’il a des problèmes, ne vous sentez pas coupable. Vous avez probablement fait du mieux que vous pouviez à ce moment là. Si votre enfant grandit et n’a pas de problèmes plus tard dans la vie, ne prenez pas tout le bénéfice pour vous »
Eric BERNE

AUTEUR :
Pascal LEGRAND

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